Cet article conclut le livre de soeur Marie Amélie Le Bourgeois :
SAISIS PAR DIEU, petit guide de spiritualité, collection Christus, Paris, édition Bayard, 2005.
Il peut donner du goût, du courage en ce temps de rentrée…
Après un tremblement de terre, on raconte que les sauveteurs retrouvent, encore vivants bien qu’ensevelis sous les décombres, plus souvent des femmes que des hommes.
La raison qui en a été donnée est celle-ci : alors que l’homme se bat avec toute l’énergie dont il est capable contre les éléments, épuisant très vite toutes ses forces et tout l’oxygène disponible, la femme se contente de résister en hibernant, n’ayant besoin que de peu de forces et de peu d’oxygène, se satisfaisant de celui qui s’infiltre par les fissures.
… Nous découvrons ou redécouvrons que la vie n’est pas du côté de la force ni des murs, mais bien plutôt du côté de la faiblesse et des fissures.
Chercher Dieu, c’est pour nous, écouter, discerner sa rumeur dans notre monde et en nos coeurs, c’est nous mettre à suivre cet homme Jésus sur son chemin de petitesse et d’humanité, c’est nous laisser saisir intérieurement par un Dieu tout aimant, et cela revient à chercher les fissures par lesquelles il s’engouffre pour nous rejoindre.
Chercher les «fissures», concrètement, c’est croire, parfois à «l’aveugle», que la communication humaine n’est jamais vraiment rompue ; c’est même, héroïquement, faire et agir «comme si» elle ne l’était pas, malgré toutes les apparences.
C’est désirer de toutes ses forces trouver le chemin du partage. C’est aussi sans doute essayer de ne pas répondre au mépris ou à l’indifférence par le mépris ou l’indifférence.
C’est mettre au centre de notre attention et de notre respect, les plus pauvres de nos communautés humaines, parce qu’ils sont les plus précieux.
C’est croire que cet homme que l’on dit «terroriste» est plus important pour Dieu que l’idée que l’on en a. C’est faire du service de toute autorité un service de libération joyeuse des personnes. C’est aussi finalement, abandonner les situations apparemment sans issue entre les mains de Dieu.
Chercher ces fissures pour entendre la rumeur de Dieu en nos vies humaines, c’est comme guetter l’éclosion des bourgeons au début du printemps, attendre l’aurore à la façon du veilleur, espérer contre toute espérance que la violence et la mort n’auront pas le dernier mot.
C’est se rappeler que le voile du temple s’est déchiré comme une matrice à la mort de Jésus, détruisant définitivement tout ce qui sépare l’humanité de son Dieu.
Chercher les fissures c’est encore scruter le monde, et même les murs, avec amour, puique c’est seulement là qu’on y trouvera, qu’on y creusera le« passage» pour l’Esprit.
C’est finalement reconnaitre le Seigneur présent en notre quotidien, dans nos rencontres, dans nos décisions, mais aussi dans nos échecs et nos blessures, personnelles et communautaires, qui sont encore « fissures». Dans la confiance en Celui qui est à la fois le «passage» et celui qui «passe», et celui qui fait «passer», puisqu’il est notre Pâque.
La spiritualité des fissures.
Les femmes peuvent en avoir davantage le goût et l’expérience, mais tous, hommes et femmes, sont invités à la découvrir et à s’y exercer. Il me semble qu’elle est une expression privilégiée du «féminin» de notre Eglise servante et pauvre, comme de tout être humain cherchant à discerner les signes de la venue de Dieu en notre monde.
Sr Marie Amélie